Histoires d’Auxois

Une journée au nord de la Côte-d’Or, entre Auxerre et Dijon, à la recherche d’un passé multiséculaire que l’on conjugue toujours au présent.

On entre dans l’Auxois par sa capitale, Semur-en-Auxois. L’arrivée se fait par les hauteurs et nous fait plonger sur les rives de l’Armançon, la rivière qui coule aux pieds des gigantesques remparts qui protègent la cité médiévale. Installée dans un méandre de la rivière, la place forte a fait les grandes heures du Duché de Bourgogne. Elle est dominée par son église, la majestueuse collégiale Notre-Dame et abrite de belles maisons d’époques plus ou moins anciennes.

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Alésia ? Connais pas Alésia ! Personne ne sait où se trouve Alésia !

N’en déplaise à Abraracourcix, il suffit désormais de suivre les panneaux depuis la sortie de l’autoroute pour retrouver Alésia. Le muséoparc émerge sur la plaine au pied du Mont-Auxois, telle une roue de char qu’on aurait abandonné après la bataille. Pour l’architecte Bernard Tschumi qui l’a construit, la résille de bois symbolise l’encerclement par les romains de l’opidum, lui-même étant représenté par la toiture plantée d’arbres.

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Pour évoquer la bataille d’Alésia, le musée a choisit de se concentrer sur les hommes (il n’y a quasiment aucun vestige archéologique, la construction d’un second musée pour les présenter est prévu pour 2018). Les hommes, c’est Jules César d’abord, le seul ayant laissé une description très précise de la bataille (mais pas forcément exacte) dans son best-seller “La guerre des Gaules”. On ne vous refait pas l’histoire, très bien racontée sur l’opidum de Bibracte.

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Puis on fait connaissance avec Vercingétorix, l’autre protagoniste de l’histoire. Le musée fait le choix ne pas représenter son visage, dont il n’existe aucune description. Même son nom est inconnu, car Vercingétorix est un pseudonyme qui signifie “roi suprême des guerriers” (eh oui !). Il obtient ce titre après une élection parmi ses pairs chefs gaulois, biens décidés à s’allier face à un César qui commence à prendre un peu trop au sérieux son rôle de gendarme de la Gaule.

Le 3e et dernier grand homme de cette histoire est Napoléon III, le vrai visage de la statue du gaulois au sommet du Mont-Auxois. C’est à lui que l’on doit les premières fouilles à Alise-Sainte-Reine pour redécouvrir Alésia. L’objectif est tout politique : le président devenu empereur cherche à justifier par l’Histoire son coup d’État (Vercingétorix, unificateur de la Nation) et sa frénésie de conquête impérialiste (Jules, si tu nous regardes).

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Quelques années plus tard, Pétain fera plus ou moins la même chose en alimentant le mythe romantique du guerrier gaulois sur le thème “il faut des grandes défaites pour construire un grand peuple”, tout ça sur fond de retour à la terre / au travail / à la famille. Ça paraît un peu gros, mais c’est cette image du gaulois agriculteur grand blond à moustache vivant dans des huttes avec plein d’enfants autour du chaudron de la gauloise que l’on a encore tous en tête.
L’histoire de ce mythe, mais aussi celle de la dispute sur la localisation d’Alésia, termine la visite de l’exposition permanente (en ne laissant évidemment aucun crédit à l’hypothèse jurassienne !).

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L’exposition temporaire du moment prolonge cette partie de l’histoire, avec une belle compilation de figures historiques utilisées dans la publicité. Des Gaulois à Louis XIV en passant par Henri IV ou Charlemagne, on retrouve des affiches de la fin du 19e au début du 20e mettant en scène ces personnages cultes de manière souvent anachronique et bien loin de la vérité historique ! Vintage et rigolo.

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La visite se termine sur le toit planté d’arbres qui offre un panorama sur toute la campagne, ex-champ de bataille en 52 avant notre ère.

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Fontenay, l’abbaye industrielle

Nichée au creux d’un vallon entre la falaise et la rivière, l’abbaye de Fontenay et son environnement ont été classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. C’est un lieu privé depuis la Révolution, qui a su faire fructifier son héritage laissé par les moines cisterciens.

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Le monastère s’installe à Fontenay en 1118 sous l’impulsion de Bernard de Clairvaux, le père de la réforme de Cîteaux. Face à l’opulence et au clinquant des bénédictins de Cluny, il fonde une doctrine revenant aux origines de la règle de Saint-Benoît, faite de dénuement, de travail et de pauvreté. Une pauvreté qui fit la richesse de la famille de Montgolfier (oui, les mêmes que le ballon) qui exploite le lieu depuis 1820.

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En se baladant dans le parc, on retrouve les bâtiments et le plan classique d’un monastère cistercien : l’église sans clocher et dénuée de toute ornementation, statuaire ou vitraux, le magnifique cloître, joyau du lieu avec ses doubles colonnettes, la belle salle capitulaire et le dortoir au 1er étage avec sa charpente en coque de bateau inversée, la salle de travail pour les moines copistes et, à l’écart, l’infirmerie. Il ne manque que le réfectoire “détruit par les moines” insiste le guide de visite.

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Les pelouses et massifs sont entretenus au cordeau et des brises-vues touffus cachent aux visiteurs les espaces privés d’habitation de la famille Aynard, qui a racheté le lieu aux Montgolfier au début du siècle.

L’histoire industrielle de Fontenay débute avec les moines dès le 12e siècle quand ceux-ci construisent une gigantesque forge destinée à industrialiser le traitement du minerai de fer extrait non loin de là. Moines mineurs et moines forgerons, mais aussi moines inventeurs qui auraient créé le premier marteau pilon hydraulique entraîné par une roue à aubes, qui fonctionne encore aujourd’hui. Etonnant !

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Quand Montgolfier rachète le bien et ses dépendances, il le transforme en papeterie, industrie qui, elle aussi, a besoin d’eau et de grands bâtiments. Depuis le début du 20e siècle, la nouvelle famille à la tête du lieu s’emploie à y déployer, avec réussite, l’industrie du tourisme.
C’est un certain Edouard Aymar, banquier et collectionneur lyonnais qui rachète l’abbaye à son beau-père. Il entreprend alors de “l’extraire de sa gangue industrielle” selon la formule consacrée par la famille. Son fils, puis son petit-fils Hubert poursuivent son oeuvre, jusqu’à décrocher le graal de l’inscription à l’Unesco en 1981.

Avec plusieurs dizaines de milliers de visiteurs par an, Fontenay cultive son image de lieu haut-de-gamme, paisible, un peu hors du temps, romantique à souhait avec ses jardins et fontaines.

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Bonbons à Flavigny

De Flavigny-sur-Ozain, on connaît surtout les anis. Un peu moins le village médiéval et ses trois monastères. Perché sur sa colline à une dizaine de kilomètres d’Alésia, Jules César y aurait installé un campement lors du siège de l’opidum. Mais le véritable commencement de l’histoire de la cité date de l’an 719 quand un seigneur du nom de Widerad fonde l’abbaye Saint-Pierre de Flavigny.

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Un bourg assez prospère va se développer, de commerçants, artisans, paysans et vignerons. La cité s’entoure de remparts et de portes fortifiées. A l’intérieur, de belles maisons se construisent à différentes époques, la plupart encore dans leur jus, ce qui permet au village de revendiquer le titre “d’un des plus beaux villages de France” et d’avoir reçu la visite du pape médiatique du patrimoine, Stéphane Bern, il y a quelques années.

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De cette abbaye Saint-Pierre, il ne reste plus grand chose aujourd’hui, si ce n’est une magnifique petite crypte que l’on peut visiter derrière la fabrique de bonbons, qui perdure depuis des siècles, dans les bâtiments conventuels.
Les premiers confiseurs furent en effet les moines eux-mêmes, fabriquant au risque de pécher par gourmandise une sucrerie à base de la graine d’anis importée par les romains des siècles plus tôt. Au départ des moines, des artisans ont repris la production et la fabrique dans les mêmes locaux, qu’une entreprise familiale exploite encore aujourd’hui.

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L’histoire religieuse de Flavigny ne s’est toutefois pas arrêtée à la Révolution. Vers 1850, un séminaire dominicain s’installe sur la colline à deux pas de l’abbaye face à la vallée, et plus récemment encore, en 1972, des moines bénédictins suisses y fondent l’abbaye Saint-Joseph de Clairval dans un ancien hôtel particulier.
Au centre du village, l’église paroissiale mérite le détour pour en découvrir l’étonnante galerie qui surplombe la nef.

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