De l’art tribal à la campagne

A rebours des élitistes institutions parisiennes, au fin fond de la Bourgogne, le Tribal Show ambitionne de devenir la première foire internationale d’art à la campagne, ouverte à tous.

“Art premier”, “art primitif”, “art ethnique” ou même “art sauvage”, “art nègre” il n’y a pas si longtemps… Quels que soient les mots utilisés, on ne peut s’empêcher de voir dans ces expressions des références coloniales qui ne font pas honneur au monde occidental. En 1920, dans une série d’articles du Bulletin de la vie artistique où il se demandait si ces objets devaient être “admis au Louvre”, le critique d’art et anarchiste Félix Fénéon proposait le terme “d’arts lointains”, finalement beaucoup plus moderne.

À Besanceuil, le collectionneur Bruno Mory a retenu le terme “d’art tribal”, qui semble faire consensus aujourd’hui, et a l’énorme avantage d’être identique en français, en anglais et en néerlandais, à un moment où Paris, Londres, Bruxelles et Amsterdam dominent ce petit marché de spécialistes.

Installée depuis l’an 2000 dans ce hameau du Clunisois à l’égard des grands axes, la galerie d’art de Bruno Mory fait figure d’OVNI dans un paysage artistique dominé par les grandes institutions européennes. Après une brillante carrière de directeur financier dans le nord de la France, Bruno Mory a en effet créé ici un lieu unique, pour mettre en valeur sa collection, et surtout les artistes qu’il aime et aime faire connaître.
À l’écart de l’agitation, la maison vigneronne et la grange qu’il a réaménagées accueillent sa collection de peintures et photographies, et surtout des sculptures en grand format qu’il expose expose dans le grand jardin face au bocage clunisois. Défenseur d’un “art public”, Bruno Mory accueille chaque été  qui le souhaite gratuitement, touriste de passage ou voisin attentif aux renouvellements des expositions.

C’est dans cet esprit que le Bourgogne Tribal Show a vu le jour en 2016, fruit de la rencontre du maître des lieux avec des marchands et galeristes spécialisés. Le pari était osé : créer la première “foire internationale d’art à la campagne” et y faire venir des collectionneurs des grandes capitales mondiales, tout autant que monsieur et madame tout le monde.

Le résultat, pas élitiste pour deux sous, est à l’opposé de l’entre-soi parisien. On se gare au fond d’un champ, on entre gratuitement et on découvre de très près des œuvres d’art des cinq continents. Sans vitrine ni vigile, mais avec respect, tout simplement.

Photos prises lors de la 3e édition, en 2018.

En plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *