[Un an basque] 2/4 : Pampelune sous toutes ces coutures

Pamplona (on dit Pampelune en français, ou Iruña en basque – à ne pas confondre avec Irun, la ville frontière côté Atlantique), est la capitale de la Navarre, communauté autonome d’Espagne mais également royaume à part entière. Une ville discrète, qui nécessite un peu de temps pour être découverte en dehors des brochures touristiques.

De l’histoire

Fondé bien avant l’an 1000, le royaume basque de Navarre resta indépendant jusqu’en 1234 (facile, 1-2-3-4 😉 ) et s’étendait des deux côtés des Pyrénées. Puis de multiples péripéties on fait passer la Navarre entre différentes mains au fil des années, dont celles de la France (d’où le titre de roi “de France et de Navarre”). La fin officielle du royaume de Navarre est datée de 1620, quand la partie nord est définitivement annexée à la France (aujourd’hui département des Pyrénées-Atlantiques).

Mais comme toujours dans ces histoires, l’idée de royaume de Navarre reste bien présente dans les têtes et le quotidien. Des prétendants au trône se succèdent toujours (sans y accéder) depuis 1620, et la marque “Reyno de Navarra” est aujourd’hui la tête de pont de la communication touristique officielle.

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À l’international, Pampelune est surtout connue pour les sanfermines, les fêtes de Saint-Firmin le patron de la cité, avec son célèbre lâché de taureau (l’encierro) dans les rues pavées du casco viejo. C’est tous les ans du 6 au 14 juillet, et ça n’a visiblement rien à envier aux ferias de Bayonne ! La San Fermín tient beaucoup de sa notoriété internationale à Ernest Hemingway qui l’utilisa comme décor principal de son premier grand succès “Le soleil se lève aussi” en 1926.

Au quotidien, ce sont les pèlerins qui constituent la première clientèle touristique de la ville : Pampelune est une étape incontournable sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, à mi-chemin entre les toutes aussi fameuses étapes de Saint-Jean-de-Pied-de-Port (à la frontière pyrénéenne) et de Puente-la-Reina, lieu de rencontre du camino francés avec le chemin venant d’Aragon.

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De la verdure

Pampelune est “la ciudad más verde de España” avec 4 millions de m2 de parcs et jardins. La citadelle constitue bien évidemment un point de rencontre stratégique dès que le soleil pointe le bout de son nez. Construite sur le modèle de la citadelle d’Anvers entre 1571 et 1645 sur ordre de Felipe II, elle est considérée comme le plus bel exemple d’architecture militaire de la Renaissance espagnole.

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La citadelle de Pampelune n’a été “utilisée” qu’une seule fois, en 1808, pour faire face aux troupes napoléoniennes venues envahir la Navarre. Les envahisseurs définitivement repoussés, une partie des fortifications furent détruites dès 1888 pour faire face à l’expansion de la ville nouvelle.

Aujourd’hui encore, grâce à l’immense glacis entourant les fortifications, la citadelle assure en douceur la transition entre la vieille ville et les nouveaux quartiers et constitue le poumon vert de Pampelune : son immense parc permet à tout un chacun de taper dans le ballon, de faire son jogging ou de s’initier à la varappe sur les murs sans déranger son voisin faisant la sieste sur un banc quelques mêtres plus loin.

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De l’autre coté de l’avenue Pio XII, dans une autre partie des vestiges des fortifications Renaissance, se trouve le parc ombragé de la Taconerra. Imaginé en 1830, ses fosses abritent canards, cygnes, moutons et autres cervidés que l’on peut observer depuis les balustrades. Les grands arbres et les nombreuses fontaines apportent un peu de fraîcheur aux promeneurs qui flânent sous les températures parfois caniculaires de la Navarre.

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Le parc Yamaguchi, au sud de la ville, a été inauguré en 1997 pour célébrer le jumelage entre Pampelune et cette ville du Japon.

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Juste à côté se trouve l’immense campus de l’Université de Navarre. Contrairement à ce que son nom peut faire croire, il s’agit d’un établissement privé géré par l’institution religieuse de l’Opus Dei. Autant son parc est magnifique que ses bâtiments sont déprimants.

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Enfin, tout à l’est de la ville, le parc de la Media Luna a été dessiné en 1935 sur les hauteurs de la rivière Arga. Toutes proportions gardées, ce quartier de la Media Luna est un peu le Saint-Germain-en-Lay de Pampelune. Banlieue chic (presque) préservée de la ville, ces quelques rues se trouvent juste derrière la plaza de toros, le long de l’avenue Carlos III, les Champs-Élysées locaux. Constitué de petites maisons individuelles ne dépassant jamais les deux étages et disposant toutes – luxe suprême – d’un petit jardin ombragé, ce quartier aux allures de village a su résister à l’urbanisation galopante de la ville nouvelle. Même les lampadaires n’ont pas été touchés par l’uniformisation du mobilier urbain, c’est dire.

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En contrebas de la ville, la promenade au bord de l’Arga, n’offre pas, a priori, un programme aussi sympathique. La zone est entourée par des immeubles d’un coté et par la route de l’autre. La balade se révèle pourtant agréable, pour peu qu’elle soit ensoleillée, et permet de découvrir les ponts médiévaux de la ville.

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Au niveau du quartier de Rochapea, se trouve le Museo de Educación Ambiental San Pedro. Gratuit, et surtout très instructif, il est situé dans un ancien monastère du 18e siècle. On y apprend par exemple que la Navarre vise l’autosuffisance énergétique en 2010, uniquement grâce aux énergies renouvelables (biomasse, thermique, hydraulique, éolien et solaire). En 2005, 90 % de sa consommation électrique totale provenait déjà des énergies vertes. Pas étonnant lorsque l’on sait que le parc éolien de la Navarre est le plus grand du monde, capable de fournir en électricité 17 millions de foyers (pour info, la Navarre ne compte que 556 000 habitants).

De l’art monumental

Dans la capitale navarraise, l’art ne se trouve pas dans les musées, mais dans la rue et les parcs, qui sont des lieux d’exposition permanents ouverts à l’art contemporain. La mairie de Pampelune vient même d’entamer le recensement de toutes ces oeuvres en vue de la création d’un site web dédié, un projet prévu pour durer plusieurs mois !

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Deux oeuvres récentes témoignent bien de l’histoire et du présent de la ville. La première est située devant le Baluarte (le palais des congrès installé en bordure de la citadelle), face à la place de la paix. Coulée dans le bronze, elle représente un père qui s’effondre sous le tir de son fils, en hommage aux victimes du terrorisme (basque, il s’entend).

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À quelques centaines de mètres de là dans l’avenue piétonne Carlos III, vient d’être inaugurée une sculpture de l’encierro grandeur nature, avec ses coureurs piétinés par les taureaux lancés à toute allure vers les arènes.

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Des fêtes

Il n’y a pas que la “grande” San Fermín qui rythme l’agenda festif de Pampelune. Fin septembre, c’est la San Fermín de Aldapa, aussi appelée la San Fermín Txikito (la petite San Fermín, en basque). À l’origine, les fêtes de San Fermín étaient en effet célébrées le 10 octobre… le jour de la Saint-Firmin (logique). Ce n’est qu’en 1381 que le roi Carlos II les transférées à leur date actuelle en juillet. Mais depuis le début du 20e siècle, les fêtes de San Fermín de Aldapa sont à nouveau célébrées le 25 septembre, jour du saint patron de Pampelune.

Pour l’occasion, trois jours de fête sont organisées dans les rues de la vieille ville avec défilés de géants, démonstrations de sports basques, groupes folkloriques ou autres courses de caisses à savon. Les militants basques en profitent également pour promouvoir leur cause, avec force de tracts, stands et revendications.

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Puis avec le mois de février vient la traditionnelle saison des carnavals. En Espagne, les plus importants se trouvent dans le sud de la péninsule, à Cadix, Valencia ou encore à Tenerife aux Canaries. Le nord n’est heureusement pas en reste. À Pampelune, on aime faire la fête, et on n’aime surtout pas attendre ! Ainsi, une semaine avant le lancement officiel des carnavals se déroule un week-end de “pré-carnaval”. Les cliques envahissent alors les rues du casco viejo pour la kalejira, un grand défilé en costumes avec musiques, danses et parades des géants.

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Le carnaval “a la Navarra” proprement dit commence le vendredi soir suivant, avec l’installation de la muñeca María Trapo au sommet de la fontaine de Navarrería. La tradition est basque et il faut savoir parler l’euskera pour en comprendre l’origine, qui remonte visiblement à des temps immémoriaux.

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Dès le lendemain matin, tout le monde se retrouve au même endroit pour le lancement de la kalejira. Juste avant, c’est la chocolatada pour les touts petits (et les un peu moins petits !) avec distribution de chocolat chaud pour prendre des forces. Puis ce petit monde traverse le casco viejo, guidé par les joaldunak. Ces danseurs traditionnels basques, habillés d’une peau de mouton et coiffés d’un chapeau pointu, se déplacent avec un pas caractéristique qui leur permet de faire raisonner en cadence les cloches accrochées à leur ceinture. Incontournables, ils sont présents à toutes les fêtes. Chants et danses accompagnent la kalejira jusqu’à la plaza San Francisco où elle se conclue par le défilé de déguisements des enfants.

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Impossible de parler de fêtes populaires traditionnelles en Espagne sans parler des fallas de Valence. Apparues au 18e siècle, ces fêtes de la Saint-Joseph sont rythmées par des défilés traditionnels et de nombreux spectacles pyrotechniques. Les fallas proprement dites sont de gigantesques statues de bois et de carton érigées par chaque quartier de la ville. Le point d’orgue de la fête intervient le 19 mars, dernier jour de l’hiver, où les quelques 300 fallas de la ville sont brûlées pour symboliser la purification de l’hiver.

Pampelune n’est pas en reste, la communauté valencienne de la ville invitant des groupes traditionnels à l’occasion d’un défilé dans la pure tradition des fallas quelques semaines plus tard. Pendant plus d’une heure, les maures (arabes et africains) puis les chrétiens traversent d’un pas lent le Paseo Sarasate pour symboliser la reconquête de la péninsule par les croisés.

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Bon à savoir

Ville agréable à vivre et bon marché (boire une bière sur la Plaza del Castillo à la table d’Hemingway coûte 1 € !), Pampelune demande un peu de temps pour se découvrir, en dehors de ses principales curiosités touristiques (dont on a fait l’impasse ici).
Pour peu que l’on évite la semaine bondée de la Saint-Firmin, un jour ou deux suffisent à faire un premier tour de la capitale du royaume, un peu plus pour sortir du casco viejo, et beaucoup plus pour rayonner tout autour de la ville.

En plus

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